Même si le fleuve semble généralement dégagé, le couvert de glace dans le golfe et l’estuaire du Saint-Laurent est bel et bien le plus important depuis 2020, ce qui s’avère de bon augure pour la prévention de l’érosion des berges et pour un chouchou des Nord-Côtiers, le crabe des neiges.
Un tel couvert de glace n’avait pas été enregistré depuis 2020, indique Peter Galbraith, chercheur scientifique en océanographie physique à l’Institut Maurice-Lamontagne, affilié à Pêches et Océan Canada.
« Pour tout ce qui est golfe et estuaire, on voit pour la première fois depuis 2020 un début de saison près de la normale », précise-t-il.
Le froid, on s’en doute, est le grand complice de la glace.
« Oui, la présence de la glace est principalement due à la température de l’air. Sur toutes les stations, on a une anomalie négative de 1,6 degré au mois de décembre, donc c’est plus froid que la normale. Ça fait longtemps qu’on a vu un tel portrait, ça commence à être rare », souligne le chercheur.
Malgré le redoux des derniers jours, le couvert de glace n’est pas menacé.
« On peut s’attendre à ce que la progression du couvert stagne, mais il ne fondra, pas, il va arrêter de s’étendre. Tant qu’il n’y a pas de grosse tempête de vent pour briser le couvert de glace, il va juste être en suspens jusqu’à ce que le froid revienne », ajoute-t-il.
Une tempête pourrait changer la donne. « S’il y a un gros coup de vent, ça va casser la glace, faire des vagues et on va réintroduire de la chaleur dans l’eau avec le vent. La chaleur va devoir ressortir pour redescendre au point de congélation et continuer à faire de la glace. La météo joue pour beaucoup », résume M. Galbraith.
Il décrit comme une « course » la dynamique qui prévaut entre l’atmosphère et la masse d’eau.
« L’atmosphère, jusqu’à la fin de l’hiver, essaie de sortir la chaleur de l’eau et l’océan veut garder sa chaleur. La plupart des années, l’atmosphère gagne et on parvient à avoir un bon couvert de glace, parce qu’elle réussit à descendre la température de l’eau au-dessous du point de congélation », explique le scientifique. « Mais il y a des années où l’eau, à la grandeur du golfe ou du moins sur la moitié est, est encore largement au-dessus du point de congélation, parce que l’atmosphère n’a pas réussi à le refroidir. Ce sont juste les parties dans l’estuaire, moins profondes, qui ont réussi à geler et avoir de l’eau froide et le reste a de l’eau plus chaude qui ne gèle pas », poursuit-il, décrivant la situation qui a prévalu depuis 2020.
Avantage non négligeable, la présence des glaces permet de protéger les côtes de l’érosion.
« La glace au large empêche la formation des vagues. Si tu as de l’eau ouverte au large, mais que les berges sont couvertes de glace, les berges sont quand même protégées », résume le spécialiste.
Au final, un couvert de glace important à ce moment-ci de l’année est un bon signe.
« Pour l’écosystème, c’est un retour à des conditions plus normales. Un hiver de temps froid va nous donner un habitat intéressant pour le crabe des neiges, entre autres. La couche de glace est importante pour la dynamique des couches d’eau pour tout le reste de l’année », conclut-il.












